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Le Livre d’Esther dans la tradition occitane judéo-comtadine - Nathan Weinstock

L-9782859105969

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Le Livre d’Esther dans la tradition occitane judéo-comtadine - Un essai de la collection Textes et Documents / Cultura de Nathan Weinstock, qui situe le récit biblique dans son contexte historique et l’enrichit d’un aperçu de l’exégèse rabbinique. IEO edicions.

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Fiche de données

TypeBroché
Année2018
LangueFrançais + Occitan Provençal
Pages120
DistributeurIEO edicions - IDECO
LabelTextes et Documents - Sous-collection Cultura
ISBN978-2-85910-596-9

Plus d'infos

Le Livre d’Esther dans la tradition occitane judéo-comtadine - Nathan Weinstock

Cet ouvrage est consacré aux productions littéraires appartenant à la tradition judéo-comtadine qui sont issues du Livre d'Esther. L'auteur situe le récit biblique, dont la version hébraïque a été complétée par des ajouts figurant dans la version grecque dite des LXX (Bible d'Alexandrie), dans son contexte historique et l'enrichit d'un aperçu de l'exégèse rabbinique.


Cette présentation est suivie de la reproduction d’extraits commentés du Roman judéo-provençal de Crescas de Caylar (XIVe siècle) et de portions très substantielles de La Tragediou de la Reine Esther de Mardochée Astruc (parue en 1774), deux oeuvres en occitan comtadin à situer dans la tradition carnavalesque juive. À travers ces récits se dégage un message commun, que résume l’Esther de Racine : « Réjouis-toi, Sion, et sors de la poussière ».



Collection Textes et Documents (Essais), Cultura, IEO edicions.


L'auteur:

Nathan Weinstock, membre du comité scientifique ainsi que du conseil d’administration de l’Institut d’Études du Judaisme (auprès de l’Université Libre de Bruxelles) est l’auteur de nombreuses traductions d’oeuvres en yiddish, dont Le Jeu d’Assuérus (1697), premier des Purimshpiln (farces de style carnavalesque), paru sous le titre Se rire du destin, Edit. Avant-Propos, Waterloo 2016.
C’est au contact du « Midi », où il a pris sa retraite, qu’il a développé un vif intérêt pour la culture occitane.


Table des matières:

Introduction    7
Le Livre d'Esther    13
    La Bible hébraïque    13
    La Bible d'Alexandrie    25
        Lettre d'Aman qui ordonne de faire mourir tous les Juifs    28
        Prière d'Esther (XIV, 1-19)    29
    Le rouleau d'Esther, un « récit à coloration historique » ?    32
    Interprétations midrashiques du Livre d'Esther    40
Le Roman de la Reine Esther de Vidal Crescas du Caylar    48
La Reine Esther de Mardochée As truc    65
« Ayez pitié de moi, Seigneur »    108
Ouvrages cités    113


Extrait de l'introduction:

Dans cet ouvrage, je me propose de commenter deux joyaux de la littérature judéo-provençale rédigés en provençal comtadin et dont le lecteur trouvera ci-dessous des extraits substantiels : le Roman de la Reine Esther, long poème, dont on n'a malheureusement conservé qu'un fragment de 448 vers octosyllabiques ne comportant pas de titre, rédigé vers 1327 par Crescas du Caylar, dans la très belle traduction que nous en proposent Suzanne Méjean-Thiolier et Marie-Françoise Notz-Grob, et La Tragediou de la Reine Esther, due à la plume de Mardochée Astruc, qui fut représentée à Carpentras au XVIIIe siècle. Poème et tragédie et que je me suis efforcé de situer dans le contexte des représentations littéraires du personnage d'Esther, tant à l'intérieur des communautés juives qu'au sein monde chrétien environnant.
La Méguillah (c'est-à-dire le rouleau de parchemin sur lequel le scribe consigne le texte du Livre) d'Esther — qui constitue le vingt-et-unième Livre de la Bible hébraïque — nous relate comment du temps d'Assuérus, roi de l'empire perse, un haut dignitaire du nom d'(H)aman avait projeté d'exterminer tous les Juifs du royaume. Complot qui put être déjoué in extremis grâce à la reine Esther et à son cousin Mardochée, ce qui permit aux victimes d'échapper au désastre. Récit biblique commémoré chaque année lors de la fête juive de Pourim («des lots ») qui revêt l'allure d'une célébration carnavalesque.
Il n'est pas aisé de démêler dans ce récit le fondement historique de la part qui ressortit à la légende. Mais ce que l'on peut affirmer avec certitude, c'est que cette narration se situe chronologiquement après la destruction du premier Temple de Jérusalem par Nabuchodonosor II en -586 et la déportation des élites juives [...]


Extrait: La Bible hébraïque
La Méguillah se présente comme un récit comprenant dix chapitres que l'on résumera ici de manière détaillée afin de permettre au lecteur d'apprécier dans quelle mesure les oeuvres de Crescas du Caviar et de Mardochée Astruc, qui s'inspirent du Livre d'Esther, demeurent fidèles au récit biblique du canon juif ou tendent, au contraire, à s'en distancier.
Elle s'ouvre sur la description d'un festin donné par le roi Assuérus à Suse, sa capitale, « ce même Assuérus qui régnait de l'Inde à l'Ethiopie, sur cent vingt-sept provinces » au cours de la troisième année de son règne pour « l'ensemble de ses grands et de ses serviteurs, à l'armée de Perse et de Médie, aux satrapes et aux gouverneurs des provinces [réunis] en sa présence » et ce durant cent quatre-vingt jours afin d'étaler « la richesse de son faste royal et la rare magnificence de sa grandeur ».

Extrait de la paraphrase de la Meguilah d’Esther en judéo-occitan rédigé vers 1328 par le trouvère Crescas [Israël en occitan] du Caylar d’Avignon en se servant des caractères de l’alphabet hébraïque (traduction due à MMes S. Méjean-Thiolier et M.-Fr. Notz-Grob in Nouvelles Courtoises, Le Livre de Poche, 1997):

« Vasthi fit mander de tous côtés
les nobles dames qu’elle invita ;
pour toutes elle fit faire un très beau banquet.
Inutile de dire ce qu’elle leur donna.
Le roi ne sut pas être assez attentif
pour éviter l’ivresse
à la fin de la semaine.
Le vin lui affaiblit la tête
et le rendit véritablement enragé,
tant il était ivre
Les écuyers enlevèrent les tables
et les chevaliers se mirent à parler.
Chacun vanta les dames de son comté.
Le roi leur dit : « Par la charité,
il n’y a pas plus belle dame au monde
que la reine, ni d’aussi bonne ;
et je vous le promets de bonne foi :
vos yeux témoigneront du fait
que Dieu ne fit jamais aussi belle créature,
vous la verrez sur-le-champ. »


texte occitan :
Per tota part Vasti mandet,
164 Las gentils donas envidet :
A totas fes mot bel manjar.
Qe lor donet non cal dechar.
Tant non se saup estudiar
168 Qe non s’anes enubriar
Lo rei al cap de la semana ;
El ac del vin la testa vana,
En fon verai enrabïat
172 Tant fort se fon enubriat.
Los escudies levan las taulas
E los cavaliers movon paraulas.
Cascun gabet las donas de son contat ;
176 Lo rei lor dis : Per caritat,
Al mont non a tant bel dona
Con la regina, ni tant bona ;
E promet vos en bona fe
180 Qe vostres olhs en faran fe
Q’anc Dieu non fes tant bela res
E mentenant vos la veires
« Il appela ses sept principaux chambellans
et leur commanda : « Allez vite
et menez moi nue
Vasthi la belle créature.»
texte occitan :
Sonet sos set cambries majors
184 Comandet lor : « Anas de cors
E menas me ses vestidura
Vasti la bele creatura. »

« Ils s’en vont frapper à la porte
des appartements où la reine s’amuse ;
ils disent : « Ouvrez vite, car on apporte un présent,
le roi dîne en bas dans le jardin
et vous fait porter
quelque nourriture fraiche de son assiette. »
Ils entrent et vont très soucieux
avec de méchants regards renfrognés.
Vasthi les voit de mauvaise humeur
et qui semblaient en colère.
Elle leur demanda sur-le-champ :
« Mes gracieux seigneurs,
pourquoi faites-vous une mine si épouvantable ?
On dirait que vous n’avez pas encore dîné.
– Dame, le roi veut que vous nous suiviez,
n’ayez aucun vêtement.
Il veut montrer votre grande beauté ;
c’est pour cela qu’il nous a envoyés. »
Quand Vasthi a entendu
elle dit : « le roi est-il si grossier ?
Je crois qu’il a vraiment perdu la raison,
car il n’est pas convenable de dire
qu’une dame doive se montrer nue à la cour.
Vous lui direz donc tout court
de ne pas se mettre en peine de cela ;
ce me serait une trop grande honte. »

texte occitan :
Van s’en tabussar a la porta
188 Von la regina se desporta;
Dis : Ubres leu, que prezent port,
Lo rei se dina aval en l’ort
E tramet vos de s’escudela
192 De calque vianda novela.
Entran e van mot consiros
Am mal esgart e ferezos,
Vasti los ve mal encaras,
196 E pareisia qe iran irats.
Demandet lor de mantenent :
Senhors cortes e avinent,
De que nos fes tant ora cara ?
200 Sembla non sias dinatz encara.
Dona – lo rei vol que nos sigas,
Nulha vestidura non prengas.
Mostrar vol vostra gran clardat;
204 Per so nos aisi mandat.
Cant Vasti aca iso auzit,
Dis : Es lo rei tant descauzit ?
Ieu non cre qe sia de menz.
208 Qe el non sia issit de senz,
Car aiso non es bel de dir
Qe nulha dona ses vestir
Se deja mostrar en cort.
212 Per qe li digas tot cort
Qe en aiso non meta ponha ;
Trop me seria gran vergonha).


« Il semble bien qu’il ait trop bu
pour en être venu à cela.
Il ne ressemble guère à mon aïeul,
si bon et si sage,
qui pouvait boire du vin autant qu’un bœuf
et ne chancelait pas d’un pouce.
Qu’il ne me fasse pas parler davantage :
je sais bien qui était son père ;
il paraissait bien un rustre
et gardait les juments de mon père.
Dites-lui donc de se mettre au lit ;
ne m’en parlez plus.
Sachez sûrement, seigneurs, qu’il attend en vain,
car je n’irai pas nue à la cour ».

texte occitan :
Ben par qe trop aja begut,
216 Qe en aiso en sia vengut.
Mal sembla mon senher avi
Qe tant bon e tant savi,
Que begra de vin por un bou
220 E el non balanzera un ou.
Non me fassa parlar gaire :
Ieu sai ben qi era non paire ;
Vilan de natura semblava,
224 Las egas de mon paire gardava.
Ar li digas torne colgar ;
Non mi cal plus d’aiso pregar.
Sapias per cert, senhors, qu’el muza,
228 Car ieu en el cort non venrai nuza.)

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